Cugnaux en transition
Soyons le changement que
nous voulons voir dans notre ville.

Adhérer Ouvrir le menu

Pourquoi le projet de la liaison routière de la voie du canal de St-Martory est un non sens écologique ?

Temps de lecture : 10 min

L’agglomération Toulouse Métropole a signé le ​ 14 février 2019 un Plan d’Aménagement Routier Métropolitain (PARM). Ce plan de 1,9 milliard d’euros pour les modes routiers prévoit la réalisation de nombreuses voies routières dont la liaison routière Canal St-Martory (la voie de bus est déjà achevée). Ce projet fait partie du top 6 des priorités de l’agglomération.

Carte extraite du document Toulouse Métropole. En bas à gauche, la liaison routière canal St-Martory.
Carte extraite du document Toulouse Métropole.

L’appellation du projet de liaison routière canal St-Martory prend des noms différents (sans doute pour endormir la vigilance des citoyens ?). Le projet routier de contournement du Sud-Ouest Toulousain est nommé selon les documents ou les discours politiques ​Voie du Canal St-Marory (VCSM) du même nom que la voie de bus parallèle qui est déjà construite et livrée par Tisséo. Le terme exact dans les documents récents est ​ Boulevard Urbain du Canal de St-Martory (BUCSM)​. Il s’agit d’un projet purement routier, la partie piétonne, cyclable, et bus étant déjà faite. Il est à noter aussi que le tracé est proche du canal mais ne longe pas ce canal du même nom. Ce projet longe un petit cours d’eau nommé le Négogousses ou Larramet.

Dans ce document, nous parlerons de la voie routière la BUCSM. Il y a deux phases :

  • La phase 1 qui est la construction de la liaison routière canal St-Martory, nouvelle route le long de la voie de bus en site propre et juste à côté du parc de la Ramée.
  • La phase 2 qui est la réalisation du nouvel échangeur routier sur l’A64 avec la création d’un “raccourci” qui traverse l’écopole, une zone d’intérêt pour la biodiversité. Il existe aussi une extension possible au projet que l’on nommera phase 3.

Attention aux confusions aussi. Il est à noter qu’il y a aussi dans les cartons de Toulouse Métropole un autre projet distinct appelé ​Voie Verte du Canal Saint Martory. C’est une voie verte piéton cycle qui n’a rien à voir avec la liaison routière avec un tracé complètement différent.

Plan complet du projet de liaison routière canal St-Martory.
Plan complet du projet de la liaison de la rocade arc-en-ciel à l’autoroute
A64.

Les raisons du non sens écologique du projet liaison routière canal St-Martory.

Voici donc les raisons pour lesquelles, ce projet de liaison routière canal St-Martory, s’il devait voir le jour, serait une bien triste nouvelle pour tout ceux qui défendent l’écologie, la nature, l’environnement et les valeurs de changement et transition dans l’Ouest Toulousain.

Voici la liste non exhaustive :

  • Parce qu’elle nécessiterait de raser de nombreux arbres en lisière du parc de la Ramée et sur tout le parcours (2,8 km)
  • Parce que l’entrée dans le parc de la Ramée serait impactée (poumon vert de Toulouse)
  • Parce qu’elle détruirait de larges haies champêtres source de biodiversité
  • Parce qu’elle romprait la trame écologique verte
  • Parce qu’elle romprait la trame écologique bleue
  • Parce qu’elle casserait au final toute la continuité écologique de l’Ouest Toulousain
  • Parce que le bilan carbone de la construction serait phénoménal
  • Parce qu’elle bétonnerait une grande surface de terre biologique
  • Parce qu’elle augmenterait la nuisance sonore des riverains et nuirait à leur santé
  • Parce qu’elle n’apporterait pas de nouvelles solutions pour les piétons, vélos et bus et même dégraderait l’usage
  • Parce qu’elle favoriserait la voiture au détriment des autres modes
  • Parce qu’elle augmenterait le trafic de transit dans Cugnaux
  • Parce qu’elle augmenterait la congestion urbaine dans toute la ville
  • Parce que ça coûte cher au contribuable
  • Parce qu’elle n’irait absolument pas dans le sens de la transition écologique

Voyons en détail chaque point.

Parce qu’elle nécessiterait de raser de nombreux arbres en lisière du parc de la Ramée et sur tout le parcours (2,8 km)

Le projet de liaison routière canal St-Martory viendrait abattre de nombreux arbres. Le projet passe en lisière du parc de la ramée et donc les arbres sont contigus à ce parc. De nombreux vélos, joggeurs, randonneurs passent à cet endroit sans se douter que cet espace est menacé.

Arbres en lisière du parc de la Ramée où passera la liaison routière canal St-Martory.
Arbres en lisière du parc de la Ramée.

Parce que l’entrée dans le parc de la Ramée serait impactée

Le projet de la voie est situé à l’entrée du parc de la ramée pour les automobiles. Que va devenir cette portion de route arborée et faisant partie du parc ? Ce serait donc un véritable nouveau boulevard d’entrée pour les automobiles dans le parc ? Un gigantesque parking ? Si rien n’est définit pour l’instant, c’est bien à craindre. Il ne faut pas oublier que le parc de la Ramée est un des grands poumons verts de la ville.

Une des principales entrées du parc de la Ramée et futur passage de la liaison routière canal St-Martory.
Une des principales entrées du parc de la Ramée.

Parce que la liaison routière canal St-Martory détruirait de larges haies champêtres source de biodiversité

La portion du projet de liaison routière canal St-Martory est aujourd’hui laissée sauvage : les espèces sauvages de la faune et de la flore qui se sont installées sont très nombreuses. C’est plus de deux kilomètres de haies et forêts en continu qui sont menacés. Le préjudice serait énorme.

Parce qu’elle romprait la trame écologique verte

Voici la donnée cartographique de la société Kermap qui fournit des données pour les collectivités. Cette cartographie donne de façon fine la couverture arborée du territoire. Le constat est édifiant. La construction de la liaison routière canal St-Martory enlèverait une quantité d’arbres importantes en linéaire et en surface. C’est l’équivalent de nombreux parcs mis bout à bout.

Cartographie Kermap des zones vertes et le secteur du projet (en rouge).
Cartographie Kermap des zones vertes et le secteur du projet (en rouge).

Parce que la liaison routière canal St-Martory romprait la trame écologique bleue

Aujourd’hui un petit cours d’eau y passe sur tout le linéaire : le Négogousses ou Larramet selon les cartes. Comme tous les cours d’eau (Le Touch, La Garonne, L’Hers…) l’intérêt pour les espèces sauvages est énorme. Les rives bétonnées risquent donc de devenir stériles. Cela serait donc un massacre du milieu.

Le Négogousses (ou Larramet) abritant de nombreuses espèces sauvages.
Le Négogousses (ou Larramet) abritant de nombreuses espèces sauvages.

Parce qu’elle casserait au final toute la continuité écologique de l’Ouest Toulousain

Ces haies sauvages, ces arbres et cours d’eau sont donc dans le prolongement du parc de la Ramée classé zone d’intérêt faunistique et floristique. La bande laissée sauvage est donc un véritable corridor écologique. Elle permet de faire passerelle et de servir de zone de transfert sur toutes les zones naturelles de l’Ouest Toulousain. Oiseaux, insectes, rongeurs, chauve-souris… peuvent s’y déplacer, y habiter et s’y reproduire. C’est un milieu peu éclairé, la vie sauvage est très présente de nuit comme de jour.

Pour la phase 1 du projet, la route nouvelle passe à côté du parc de la Ramée, classé Zones Naturelles d’Intérêt Écologique Faunistique et Floristique​ (ZNIEFF). Pour la phase 2 du projet, la route nouvelle passe dans une ​Zone Importante pour la Conservation des Oiseaux (ZICO). Avec zone de nidification de la Ciscole des joncs et du Moineau friquet. Et avec une zone à enjeu chauve-souris.

Parce que le bilan carbone de la construction serait phénoménal

Abattre un arbre c’est libérer tout le carbone qu’il contient (et donc contribuer au réchauffement climatique). Par exemple : abattre un chêne de 150 ans c’est libérer 1.5 tonne de CO2.

Concernant la construction, le bilan n’a pas été chiffré mais la durée des travaux sont prévus pour de nombreuses années : on vous laisse imaginer les impacts.

Parcs, espaces naturels et cours d’eau du Sud-Ouest Toulousain.
Parcs, espaces naturels et cours d’eau du Sud-Ouest Toulousain.

Parce que la liaison routière canal St-Martory bétonnerait une grande surface de terre biologique

La surface bétonnée serait énorme : la longueur de la phase 1 (jusqu’à l’entrée de Cugnaux) seule fait 2,86 km. La largeur prévue de l’emprise est de 20 à 25 m. Encore plus aux niveaux des nouveaux ronds points. On vous laisse calculer. Pour la phase 2, le projet passe dans l’écopôle de Cugnaux, classé réservoir d’intérêt majeur de biodiversité (ZICO) . Où sont les promesses d’arrêter l’artificialisation de la ville et de la rendre plus végétale?

Parce qu’elle n’apporterait pas de nouvelles solutions pour les piétons, vélos et bus et même dégraderait l’usage

Aujourd’hui, la voie de bus est déjà existante. Elle offre un très bon service. La nouvelle route nécessitera d’aménager des nouveaux carrefours qui impactera négativement le temps de trajet des bus. C’est donc une ​régression pour les usagers du bus​. Aujourd’hui, il existe un cheminement mixte piétons-vélos. Ce cheminement est très agréable parce qu’il n’y a pas de circulation routière, pas de pollution directe. De ce fait il est très emprunté surtout en heure de pointe. La construction de la route rendrait beaucoup moins attractif cette portion pour tous les modes doux. C’est donc une régression majeure pour les utilisateurs de modes doux​ : piétons et cycles. Note : la piste cyclable d’aujourd’hui peut être doublée pour séparer les flux piétons-cycles sans construire de nouvelle route. Ce serait la solution idéale. Il existe une bande en bordure de fossé régulièrement tondue. Cela est suffisant. Zéro arbre détruit.

Parce qu’elle favoriserait la voiture au détriment des autres modes

Aujourd’hui le succès des lignes de bus passant sur la voie du canal St Martory (ligne 47 et 57 principalement) est indéniable. De nombreux utilisateurs peuvent prendre la voiture mais utilise ce mode parce que le bus est plus rapide que la voiture en heure de pointe. Le succès des parking relais démontre cela. Si les utilisateurs du bus voient une nouvelle route qui passe à côté alors nombreux sont ceux qui seront tentés de reprendre la voiture. Le même raisonnement s’applique pour les cyclistes empruntant cette voie.

Parce que la liaison routière canal St-Martory augmenterait le trafic de transit dans Cugnaux

Les objectifs du projet présenté par Toulouse Métropole sont très clair : « le boulevard urbain du canal Saint-Martory reliera la rocade arc-en-ciel à l’autoroute A64, de Portet sur Garonne au sud de Toulouse en passant par Villeneuve Tolosane, Cugnaux et Tournefeuille. Il accueillera un nouvel échangeur sur l’A64 à Portet-Garonne et nécessitera la requalification de l’avenue du général Eisenhower ».

La priorité première n’est donc pas d’offrir une nouvelle desserte pour Cugnaux, St Simon, Frouzins et Villeneuve. Il s’agit très clairement de prolonger la rocade arc-en-ciel vers l’autoroute A64. Le but est d’offrir un doublon pour contourner l’avenue du général Eisenhower à Toulouse. Cet axe est donc un complément à la rocade arc-en-ciel pour augmenter le trafic automobile là où “ça ne passe plus” sur le boulevard Eisenhower. Le trafic de transit par Cugnaux serait donc inévitablement et considérablement augmenté.

Parce qu’elle augmenterait la congestion urbaine dans toute la ville

La nouvelle route apportera nécessairement un nouveau trafic routier. De plus, il est à noter que de nombreuses portions du projet de la voie ne seront pas augmentées. Le nouveau trafic induira une forte congestion sur les axes existants. Les bouchons seront très exacerbés. Est-ce que le trafic route de St-Simon sera allégé ? Rien n’est moins sûr pour les raisons suivantes :

  • La route converge vers le même goulot d’étranglement : le rond point de la rocade arc-en-ciel. Comment penser que le trafic peut-être amélioré?
  • Une nouvelle intersection “chemin de Larramet”, “chemin de Tucaut” sera créé : c’est donc une nouvelle zone de bouchon. Il est logique de penser que la file de voitures remontera jusqu’au rond point Diane.
  • De l’autre côté, il y aura aussi un goulot d’étranglement : la route de Toulouse à Cugnaux. A Cugnaux, la voirie actuelle est déjà très encombrée. Le rond point Nelson Mandela deviendrait bien malheureusement une ​ zone hyper noire à traverser pour tous. Tout le monde y perdra : automobilistes, cyclistes, piétons, riverains. Il n’existera malheureusement pas de solutions.
Embouteillage dans le secteur par où doit passer la future voie du Canal de St Martory
Embouteillage dans le secteur par où doit passer la future voie du Canal St Martory

Parce que ça coûte cher au contribuable

Au niveau de l’agglomération Toulousaine, voici les budgets qui ont été alloués en 2019 pour la prochaine décennie :

  • Le budget du routier du PARM : ​1,9 milliard d’euros
  • Le budget du Réseau Express Vélo (REV) de l’agglomération : ​250 millions d’euros​, ​incluant 53 millions d’euros chiffrés par le Département de la Haute-Garonne

Parce qu’elle n’irait absolument pas dans le sens de la transition écologique

La fin des travaux est ​ “au mieux” pour dans 7 ans ou à l’horizon 2030. D’ici là, l’urgence écologique sera encore plus grande. Toutes les solutions pour décarboner l’économie seront les bienvenues (c’est à dire rendre les modes de vie moins dépendant du pétrole, des énergies fossiles et non renouvelables). Est-ce vraiment le moment et la priorité de construire une nouvelle route ?

Nous sommes en 2020. Le constat est là : le réchauffement climatique est déjà bien engagé, la perte de la biodiversité est très préoccupante y compris au niveau local. Ce projet routier n’est plus défendable. Les efforts doivent être fait par tous, des alternatives meilleures existent. Le rôle des responsables politiques est de nous engager vers des solutions durables, de prendre les bonnes décisions. Nous demandons donc aux élus de la métropole de tout mettre en oeuvre pour abandonner sa réalisation.

Sources et document d’origine : cliquer ici.